L’enfant prodigue n’a que 26 ans, et nous étonnait dès ses 22 sur les 167 km de Nice by UTMB. Trop précoce ? Hugo Deck sort d’une saison contrastée : une CCC manquée (35
e) et un abandon aux Templiers. Sur la Saintélyon, il pourrait venir chercher une vérité de fin d’année – façon nuit punitive. Moins d’effets, plus de précision ? Une certitude, le Français débarque avec une caisse d’enfer et l’envie de « rouler » fort jusqu’à Tony Garnier. Un rendez-vous idéal pour recaler ses repères et conclure propre.
Cette Saintélyon, la ressens-tu comme une revanche après l’automne, un besoin de clôturer proprement, ou l’acceptation qu’il n’y a plus de « course pansement » derrière ?Je n’ai pas “rajouté” la SaintéLyon pour panser les Templiers : elle était prévue dès l’été, après la CCC. L’enchaînement me semblait logique : finir la saison de nuit, puis partir en vacances. Donc pas une revanche, plutôt la conclusion prévue au plan. J’avais même prévu le break derrière — cap sur l’île Maurice avec ma compagne — pour couper net après la course. Bref, c’était écrit : SaintéLyon en point final, pas un plan B émotionnel !
Les Templiers étaient-ils un tremplin ou une course en soi ? Qu’est-ce qui a concrètement changé dans ta prépa post-abandon : volume, intensité, nuits, travail d’allure “route” ?Après l’abandon, la blessure a vite guéri : j’ai pu reprendre rapidement sans traîner la fatigue des 30 derniers kilomètres “fantômes”. Je garde de belles semaines de charge, puis deux semaines d’allègement avant la course. Rien de révolutionnaire : volume et intensité proches du prévu, simplement mieux dosés. Le côté positif de l’arrêt, c’est d’éviter l’usure des derniers kilomètres ; l’organisme récupère plus vite. Concrètement, je reste sur le bloc initial, avec une micro-adaptation pour arriver frais. Qu’est-ce qui te plaît réellement ici : pur plaisir athlétique nocturne, compétition serrée…ou défi d’un terrain peu montagnard pour un montagnard ?Justement parce que c’est peu montagnard : ça m’oblige à travailler mes points faibles (plat, piste, fractionné route). Avoir un objectif à plat donne du sens aux séances et me pousse à progresser hors zone de confort. Je ne suis pas un gros client du tartan ni des séances au seuil sur route, donc la SaintéLyon crée une vraie motivation technique. Elle m’oblige à tenir de longues allures régulières, à mieux poser la foulée et la cadence. C’est un investissement utile pour la suite de la saison. Est-ce qu’il ne serait pas plus raisonnable de couper maintenant pour viser un 2026 encore meilleur ? Qu’est-ce qui te fait dire “j’y vais quand même” ?Couper maintenant n’aurait pas plus de sens : ma saison 2026 ne démarre pas avant avril (je ne vise ni équipe de France ni France cet hiver). Par expérience, c’est quand j’ai trop de temps que je me blesse. La SaintéLyon s’insère bien et garde le cadre. Mentalement, ça évite aussi de ruminer les Templiers pendant des mois…Je préfère refermer proprement, avec un dernier effort maîtrisé, plutôt que de laisser un vide et perdre le fil. Beaucoup de trailers enchaîneront doucement mais surement avec des cross. Où te situes-tu : curiosité, outil utile, ou perte d’énergie pour ton profil ?Les cross m’ont longtemps intéressé. J’en ai faits jeune (titres régionaux), et l’exemple Blandine Lhirondel aux France m’a marqué. Pourquoi pas en 2026 si le calendrier colle : bon outil de vitesse et de densité, mais sans obsession. Ça impose de la nervosité dans les jambes, de la relance et des appuis propres — tout bénéfice pour la suite. Mais je ne forcerai pas l’agenda : si ça s’imbrique, j’y vais ; sinon je reste sur la logique trail. À 21 ans tu tentais déjà les 133 km de l’UTCAM (en 2020, DNF). As-tu parfois le pressentiment, ou sens-tu déjà, que cette précocité se paiera ?Je ne pense pas que les 100 miles très jeune m’aient “cassé”. Ce qui peut faire péter, c’est surtout l’entraînement : j’ai réduit ma boulimie de volume et je me sens bien mieux. Je reste performant quand je reviens sur court : ça me rassure sur le long terme. Le vrai progrès, c’est d’avoir appris à m’écouter, à accepter des semaines plus légères. Je garde l’envie intacte justement parce que je ne surcharge plus. Entre l’Ultra-Trail Cape Town 2024 et la Pierra Menta été 2025, tu n’as fait que gagner. Ta CCC ratée et l’abandon aux Templiers, sont-ils le contrecoup de cette période fabuleuse ou de simples faits de course ?Il y a des faits de course. À la Maxi-Race, je ne fais pas ma plus grande perf et je gagne quand même – avec de la chance. Aux Templiers, je me blesse bêtement alors que j’étais en meilleure forme. La chance ne fait pas tout mais elle compte ; et je n’ai pas la marge d’une Katie Schide. Je l’ai toujours su : la roue tourne, il faut l’accepter. J’essaie donc de juger la trajectoire sur plusieurs mois, pas sur un seul dossard…garder du recul m’aide à progresser. Tires-tu des enseignements de la manière de courir des autres (gestion, relances, risques) ? A quand l’analyse des concurrents comme le travail vidéo en sports collectifs…J’apprends beaucoup des autres. Exemple marquant : en duel sur un Grand Trail suisse, Benoît Girondel me dit de ne pas relancer trop fort après le ravito : si le rival revient, il aura laissé des plumes ; s’il ne revient pas, il ne reviendra pas. Ce genre de gestion m’inspire pour une SaintéLyon, où la lucidité prime. Savoir laisser vivre la course sans s’affoler, c’est souvent le meilleur coup tactique. J’essaierai de rester patient jusqu’aux secteurs clés. Si la météo ou le terrain basculent (pluie, verglas, bourbier), qu’est-ce qui change en priorité : chaussures, ravitos, micro-blocs d’allure, ou juste la règle “on ne s’emballe pas avant Soucieu” ?Je cours surtout au cardio et sensations. Côté matos : back-up complet (veste selon conditions) et chaufferettes en secours (mains/ventre si besoin). S’il pleut/verglace : on adapte les chaussures et on reste sage jusqu’à Soucieu ; plutôt priorité à la régularité. J’ai plusieurs couches prêtes pour éviter tout coup de froid : perdre la thermie de nuit, ça coûte très cher. L’idée, c’est d’arriver au dernier tiers encore capable d’accélérer. Finalement, quel état d’esprit te lègue cette saison 2025 à l’approche de cette Saintélyon : énergie brute, doute utile, envie de simplicité… ou tout ça à la fois ?Mhh….2025 a été une année de transition : j’ai passé des caps physiques, mais surtout j’ai trouvé plus d’apaisement. J’arrive à Lyon avec de l’énergie simple, l’envie d’être précis et de conclure proprement la saison. Je ne cherche pas le coup d’éclat à tout prix ; je veux un travail propre du début à la fin. Si la fenêtre s’ouvre pour jouer devant, je la prendrai — mais sans sortir du plan.