Ton parcours depuis ta reprise en mai est ahurissant. Tu gagnes l’ultra le plus montagnard de l’hexagone (PicaPica), puis tu boucles la Diagonale 4e en 34h. Est-ce une saison « normale » pour Sarah Vieuille ?
Oui, parce que c’est une saison à l’envie : pas toujours « cohérente » ni progressive (même si ça reste mon maître mot), un calendrier fixé moi-même et validé avec Philippe Propage. On assume l’élan plus que la perfection du plan : je choisis, je teste, j’ajuste. À mes yeux, la normalité, c’est ça : répondre à la motivation du moment sans s’enfermer, tout en restant attentive aux signaux — la récupération, l’envie d’aligner un dossard, le plaisir d’être dehors.
Imaginons que tu enchaines avec la Saintélyon. En quoi ces 6 derniers mois te rendraient plus forte que l’année de ta victoire (2022), où tu arrivais là aussi de la Diagonale ?
Franchement, difficile à évaluer…La Diag d’il y a trois ans et celle de cette année n’avaient rien à voir : parcours modifié, plus long et dur (Maïdo), densité différente. En 2022, avec Courtney notamment, le niveau était très haut ; cette année, Blandine (L’Hirondel) a dominé mais l’écart global me semblait moindre. Ce qui me manquerait, c’est la vitesse spécifique que je n’ai pas pu travailler autant. En revanche, j’ai gagné en expérience et en lucidité tard dans la nuit : gérer les coups de moins bien, rester simple et régulière, ça progresse.
En gagnant la Saintélyon 22, qu’apprends-tu alors que tu ne savais pas sur la « nuit roulante » et sur toi-même ?
Qu’elle exige une alimentation plus continue qu’on ne l’imagine : on doit tolérer du carburant à un tempo qui ne lâche presque jamais. L’édition m’a offert brume et flotte, et la nécessité de garder de la chaleur sans jamais grimper assez pour se réchauffer. J’ai découvert ma capacité à courir vite longtemps sur ce terrain, à condition d’être très simple dans la tête et dans les gestes, de ne pas surjouer. Et puis l’arrivée dans la Halle, l’ambiance… c’est une émotion à part.
Quels secteurs clefs te semblent décisifs et comment les aborderais-tu – ou corrigerais-tu ton approche ?
(Rire)… je suis un vrai poisson rouge…et avec la brume en 2022, aucun repère ! Plutôt que de fétichiser un segment, je garderais la recette de 2022 : départ calme, allure tenue, relâchement sur les transitions, et surtout une alimentation variée. La correction ? Anticiper le moment de la lassitude, découper en micro-objectifs, accepter de perdre une minute au ravito pour en gagner dix derrière. Simplicité, et pas sur-contrôle.
On te sait amatrice de courses panoramiques et montagnardes : pourquoi la SaintéLyon te plaît-elle ? son historicité seule ?
L’histoire compte, oui : c’est une course mythique, immédiatement identifiable. Mais le format parle aussi à énormément de coureurs — terrain accessible, grandes portions courables — et le bassin de population autour est immense ; c’est moins spectaculaire que l’alpin, mais plus partageable pour beaucoup, et ça explique l’engouement.
Tu reviens d’une Diagonale qui semble t’avoir remuée… ou laissée perplexe. Peux-tu nous en dire plus ?
Arrivée tardive, fatigue de voyage…et une nouveauté : une équipe aux ravitos. J’avais prévu surtout des barres sucrées et je me suis vite écœurée. En passant moins par les stands de l’orga, j’ai perdu en variété : sous-alimentation, baisse de lucidité, envie de dormir. De plus, l’optimisation systématique des arrêts peut ajouter de la pression. J’ai traversé un long tunnel à vide et perdu des places…La leçon est claire : garder un plan B alimentaire, varier, et s’autoriser un ravito utile même si ça coûte deux minutes.
Que sera ton hiver : des erreurs à ne pas reproduire, un rythme à maintenir, un objectif précis ?
Attendre la neige pour chausser ! ski de fond à bloc, skimo, pour la tête et les appuis. Conserver quelques séances de qualité pour entretenir la vitesse sans surcharger. Côté dossards, plutôt des cross et des courses courtes près de chez moi ; moins d’avion, moins de dispersion qu’un hiver passé où j’avais trop enchaîné…